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Pontaix

Des maisons bâties sur le rocher dans le lit de la Drôme, un donjon pentagonal au-dessus du défilé, et un temple classé qui a changé de religion quatre fois et qui ouvre ses fresques l'été. Le tout se visite à pied, en une heure, entre Crest et Die.

Mis à jour le

Pontaix est un des plus petits villages de ce guide et l'un des plus denses en histoire. Il occupe un rétrécissement de la vallée de la Drôme, entre Crest et Die, et cette position explique tout, un péage au 15e siècle, une place forte protestante pendant les guerres de Religion, un château démantelé en 1581. Le tout se visite à pied, gratuitement, en une heure, par des ruelles voûtées et en escalier, et le temple ouvre ses portes de la mi-juillet à la mi-août.

  • 4changements de culte pour un seul bâtiment
  • 64 mde dénivelé entre la mairie et le donjon
  • 15h30-18h30le temple, de la mi-juillet à la mi-août
  • 41 minpour rejoindre Saillans, pourtant limitrophe
Les maisons de Pontaix bâties sur le rocher au bord de la Drôme, et le pont
Les maisons bâties à même le rocher au bord de la Drôme, la tourelle ronde qui sort de la berge, le pont à arche unique, et sur le pignon une réclame peinte pour l'Hôtel des Alpes et Simca. Photo Calips, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Un village posé sur un verrou

Il faut regarder la photo pour comprendre la commune. Les maisons ne sont pas au bord de la rivière, elles sont dans la rivière, bâties sur le rocher, avec une tourelle qui sort de la berge. La Drôme passe au pied, dans un rétrécissement, et le pont la franchit d'une seule arche. Pontaix commande l'accès au Diois, et cela explique une bonne partie de son histoire. Au 15e siècle, un péage y est établi. Dès 1561, une église réformée est « dressée » au village, et pendant les guerres de Religion Pontaix est l'une des places fortes protestantes du Diois, jusqu'à la démolition de ses fortifications en 1581. En 1790, ce village de rien du tout devient chef-lieu de canton, avec huit municipalités sous son autorité, avant de redevenir une simple commune du canton de Die en l'an VIII.

Le nom suit la même logique, bastida de Pontays en 1215, castrum de Pontasio en 1277. Une bastide, puis un castrum, une place, puis une forteresse. La paroisse Saint-Martin apparaît en 1304, et depuis 1306 l'église dépend de la commanderie de Sainte-Croix, qui y prend la dîme. La terre elle-même faisait partie du mandement de Quint, et fut donnée à François d'Urre, valet de chambre du roi Louis XI.

Le bâtiment qui a changé de religion quatre fois

C'est le seul monument protégé de la commune et son nom officiel est déjà un résumé, « ancienne église Saint-Apollinaire utilisée pour le culte réformé et ancien presbytère ». Il a été inscrit partiellement le 6 décembre 1977 puis classé le 2 avril 1980, et il est pour partie propriété de la commune, pour partie propriété privée.

Au 12e siècle, c'est la chapelle du château, qui surplombe la rivière avec ses deux fenêtres en bretèches. Au 16e, quand le calvinisme s'implante, elle devient temple réformé. En 1614, les protestants doivent la restituer aux catholiques après un demi-siècle d'occupation, et ils bâtissent un nouveau temple à côté. À la Révocation de l'édit de Nantes, ce nouveau temple est rasé, et l'ancien, redevenu église Saint-Apollinaire, échappe à la démolition. Une église clandestine s'organise dès 1740, et c'est à Pontaix que se tiennent les synodes provinciaux de 1791 et 1793. En 1803, le régime concordataire rend le bâtiment aux protestants, et la chaire mobile du Désert y est installée. Quatre basculements en sept siècles, sur un bâtiment de village. C'est l'histoire religieuse de la vallée de la Drôme en un seul lieu.

« Opiniâtre et active même dans la clandestinité »

La phrase est du ministère de la Culture, dans le texte d'historique de la fiche, et elle est rare sous cette plume. Après la Révocation, « la communauté protestante reste importante, opiniâtre et active même dans la clandestinité ». C'est le Désert, ces décennies où l'on se réunit dans les combes, et c'est ce qui explique que le bâtiment ait pu revenir aux protestants un siècle plus tard. Il y avait encore une communauté pour le reprendre. Le temple actuel est accolé à l'église Saint-Martin, deux cultes, deux édifices, un seul mur mitoyen.

L'ancienne église Saint-Apollinaire de Pontaix, devenue temple, et le pont sur la Drôme
L'ancienne église Saint-Apollinaire, aujourd'hui temple réformé, et le pont sur la Drôme. Classée monument historique le 2 avril 1980. Photo Sissssou, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le temple ouvre l'été et sur rendez-vous

Temple de Pontaix

  • Ouverture de la mi-juillet à la mi-août, l'après-midi de 15h30 à 18h30
  • Hors saison sur rendez-vous
  • Contact templedepontaix@gmail.com, 04 75 21 20 22 ou 04 75 21 22 85
  • Concerts deux ou trois chaque été
  • Sentier sur l'itinéraire « Sur les pas des Huguenots », étape Pontaix-Die

L'intérieur vaut la visite pour ses peintures murales, découvertes dans les années 1970. Sur le mur nord, des fresques des 13e et 14e siècles restaurées en 1997, dont une crucifixion du 14e, et sur le mur ouest, restauré en 2002, la litre funéraire des seigneurs huguenots de Pontaix, cette bande noire peinte à la mort d'un seigneur, du 16e siècle. Le presbytère, dont il subsiste des vestiges du 15e siècle, fait partie de la protection.

Le donjon pentagonal et la double enceinte

Au-dessus du village, les ruines du château féodal du 12e siècle gardent une particularité qui vaut le détour, un donjon pentagonal du 13e siècle, à l'intérieur d'une double enceinte. Le plan pentagonal est peu courant, à mi-chemin entre le carré, facile à saper par les angles, et le cercle, coûteux à bâtir. Les fortifications ont été démolies en 1581, pendant les guerres de Religion, comme tant d'autres places drômoises. La mairie est à 337 mètres, le temple à 330, et le château à 401. Le donjon domine donc le village et le passage de la Drôme de soixante-quatre mètres, exactement ce qu'il faut pour tenir un défilé.

Les ruines du château de Pontaix au-dessus du village
Les ruines du château au-dessus du village, à 401 mètres. Le donjon pentagonal du 13e siècle a été démantelé en 1581. Photo Zbh0170, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Les ruelles voûtées et la cascade d'Aiguebelle

Le village se monte à pied et il est petit, une heure suffit, en accès libre. Les ruelles voûtées et en escalier sont la signature des villages de pente du Diois, et elles montent jusqu'aux ruines. On y trouve un lavoir de pierre du 15e siècle, ce qui est ancien pour un ouvrage de ce type, la plupart des lavoirs drômois étant du 19e, des maisons des 16e et 17e siècles, et sur un pignon, au bord du pont, une réclame peinte pour l'Hôtel des Alpes et pour Simca, patrimoine du 20e siècle qui disparaîtra à la première réfection d'enduit. L'église catholique, de l'autre côté, est de 1906, construite et financée par la famille Simon et l'évêché de Valence. Chaussez-vous en conséquence, les pavés sont irréguliers.

La cascade d'Aiguebelle a un chemin dangereux

Derrière le vieux village, un ravin cache la cascade d'Aiguebelle et sa vasque profonde, très fréquentée l'été. On y va par une ruelle étroite qui part face à la passerelle sur la Drôme, puis par un sentier taillé dans la paroi. La mairie écrit que le chemin d'accès est dangereux, que des accidents ont lieu chaque année, dont des graves, et qu'elle réfléchit à protéger le site du tourisme de masse. Bonnes chaussures, pas d'enfants en bas âge, pas après la pluie.

La borne romaine est au musée de Die

La commune compte quatre sites gallo-romains, dont une importante villa viticole au lieu-dit la Condamine et des sépultures. La voie romaine secondaire de Valence à Die, qui rejoignait la via Agrippa, passait sur son territoire. Le plus intéressant est une borne milliaire trouvée ici, dédiée aux trois Césars Constance Chlore, Galère et Crispus, de la charnière des 3e et 4e siècles. Dressée au bord de la voie, elle indiquait 8 milles romains depuis Die, soit un peu moins de douze kilomètres, quand la route actuelle en fait onze. La vallée n'offre qu'un seul chemin possible, et ce chemin n'a pas changé. La borne n'est plus sur la commune, elle est conservée au musée archéologique de Die et du Diois.

Le massif du Grand Barry en libre évolution

Au sud de la Drôme, le massif du Grand Barry dresse ses barres de falaises calcaires en Y, la crête du Grand Barry, les falaises de Vercheny-Pontaix et la crête de Vercheny-Espenel. C'est là que l'ASPAS, association dont le siège est à Crest, a créé le 17 septembre 2012 sa première Réserve de Vie Sauvage, 105 hectares de bois et de landes sur la commune voisine de Véronne, portés à 172 hectares fin 2024 par l'achat de parcelles adjacentes. Le principe est celui des Deux-Lacs à Châteauneuf-du-Rhône, un terrain acheté pour être laissé en libre évolution, sans gestion, sans coupe, sans chasse, sans clôture et sans financement public. On y entre par un sentier balisé, en autonomie, sans aménagement ni visite guidée, et l'association rapporte y observer des chamois dont la distance de fuite diminue d'année en année. Cela demande, en contrepartie, qu'on passe sans bruit et sans laisser de trace. Côté zonages officiels, Pontaix n'est couverte que par la zone d'inventaire de type 2 de la rivière Drôme, ni parc, ni Natura 2000.

Limitrophe et à quarante minutes

Le relief du Diois produit des écarts qu'il faut connaître avant de préparer une journée. Sur les six communes limitrophes de Pontaix, les temps de trajet vont de quatre minutes à quarante et une. Barsac est à 5,5 kilomètres et dix-huit minutes, la route monte dans une combe. Saillans touche la commune et demande quarante et une minutes, parce que la limite passe sur les hauteurs et qu'il faut redescendre toute la vallée par Vercheny et Espenel. En revanche, Die est à quatorze minutes sans être limitrophe. La vallée de la Drôme est le seul axe rapide, et tout ce qui la quitte coûte du temps.

La carte des lieux

La villa gallo-romaine de la Condamine n'est pas placée, faute de coordonnées, ni la borne milliaire, qui est au musée de Die. Le lavoir du 15e siècle se cherche dans le village.

Cliquez sur un point pour voir le nom du lieu et ce qu'il faut en savoir. Fond de carte OpenStreetMap.

Venir à Pontaix

Pontaix est sur la route de la vallée de la Drôme, entre Crest et Die, et c'est le seul accès commode. Die est à quatorze minutes, Crest à une demi-heure, Valence à une heure. Sur place, l'auberge de l'Eau Vive, route de Gap, fait hôtel et restaurant, au 06 06 62 08 42, et l'aire naturelle de camping de la Condamine ouvre au nord du village. Il n'y a ni commerce, ni boulangerie, ni distributeur, ni office de tourisme. La mairie, 130 route de Barsac, n'ouvre que le jeudi de 8h30 à 12h, au 04 75 21 23 37. Le premier bourg équipé est Die, où se trouve aussi le musée qui conserve la borne milliaire. En contrepartie, tout ce qu'il y a à voir à Pontaix est gratuit et ouvert en permanence, les ruelles, les ruines et les bords de Drôme ne ferment pas.

Temps de trajet par la route depuis la mairie de Pontaix, moteur OSRM sur le réseau OpenStreetMap, hors trafic.
DestinationDistanceTemps
Sainte-Croix (limitrophe)3,9 km4 min
Vercheny (limitrophe)7,6 km10 min
Die11,0 km14 min
Barsac (limitrophe)5,5 km18 min
Vachères-en-Quint (limitrophe)10,9 km21 min
Eygluy-Escoulin (limitrophe)19,6 km22 min
Saillans (limitrophe)15,1 km41 min
Crest29,1 km32 min
Valence58,9 km59 min
Gare de Valence TGV, à Alixan66,3 km1 h 04
Montélimar64,3 km1 h 10
Nyons67,2 km1 h 15

Questions fréquentes

Pourquoi le monument classé de Pontaix s'appelle-t-il à la fois église et temple ?

Parce que le même bâtiment a changé de culte quatre fois. C'était la chapelle du château au 12e siècle, elle devient temple réformé dès 1561, elle est rendue aux catholiques en 1614 sous le vocable de Saint-Apollinaire, puis le régime concordataire la rend aux protestants en 1803. Sa fiche officielle porte donc les deux noms, « ancienne église Saint-Apollinaire utilisée pour le culte réformé ».

Peut-on visiter le temple de Pontaix et ses peintures murales ?

Oui, l'été, de la mi-juillet à la mi-août, l'après-midi de 15h30 à 18h30, et sur rendez-vous le reste de l'année, par courriel à templedepontaix@gmail.com ou au 04 75 21 20 22. Les fresques des 13e et 14e siècles du mur nord ont été restaurées en 1997, et la litre funéraire des seigneurs huguenots du 16e siècle, sur le mur ouest, en 2002. Deux ou trois concerts y sont donnés chaque été.

Que reste-t-il du château de Pontaix ?

Les ruines d'un château du 12e siècle avec un donjon pentagonal du 13e, à l'intérieur d'une double enceinte. Les fortifications ont été démolies en 1581, pendant les guerres de Religion. Le château est à 401 mètres, soixante-quatre mètres au-dessus de la mairie, et se rejoint à pied par des ruelles voûtées et en escalier. L'accès est libre.

Comment va-t-on à la cascade d'Aiguebelle ?

À pied depuis le vieux village, par une ruelle étroite qui part face à la passerelle sur la Drôme, puis par un sentier taillé dans la paroi du ravin. La mairie prévient que le chemin est dangereux et qu'il y a des accidents chaque année, dont des graves. Bonnes chaussures, pas d'enfants en bas âge, et pas après la pluie.

Y a-t-il une borne romaine à Pontaix ?

Il y en avait une, et elle n'est plus ici. Une borne milliaire dédiée aux trois Césars Constance Chlore, Galère et Crispus, de la charnière des 3e et 4e siècles, a été trouvée sur la commune. Elle marquait 8 milles romains depuis Die et se dressait au bord de la voie secondaire de Valence à Die. Elle est conservée au musée archéologique de Die et du Diois.

Saillans est-elle vraiment à quarante minutes de Pontaix ?

Oui, alors que les deux communes sont limitrophes, 15,1 km et 41 minutes. La limite communale passe sur les hauteurs, et aucune route ne la franchit. Pour aller de l'une à l'autre, il faut redescendre la vallée de la Drôme par Vercheny et Espenel. Die, qui n'est pas limitrophe, est à quatorze minutes.

Nos sources

  • Ancienne église Saint-Apollinaire utilisée pour le culte réformé et ancien presbytère : inscription partielle du 6 décembre 1977, classement du 2 avril 1980, propriété partagée entre la commune et un particulier, et texte d'historique. Base Mérimée, ministère de la Culture, notice PA00117014. https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00117014
  • Église réformée dressée en 1561, fortifications démolies en 1581, restitution de 1614, église clandestine de 1740, synodes de 1791 et 1793, retour au temple en 1803 et chaire du Désert, fresques des 13e et 14e siècles, litre funéraire du 16e, horaires d'ouverture d'été et contacts du temple, église catholique de 1906, cascade d'Aiguebelle et avertissement sur son accès : site de la mairie de Pontaix, page « À visiter », consultée le 13 septembre 2026. https://mairie-pontaix.fr/a-visiter/
  • Restauration du mur nord en 1997 et du mur ouest en 2002, concerts d'été : Regards protestants, « Les peintures murales du temple de Pontaix ». https://regardsprotestants.com/paroisses/les-peintures-murales-du-temple-de-pontaix/
  • Château du 12e siècle et donjon pentagonal du 13e, double enceinte, lavoir de pierre et vestiges du presbytère du 15e siècle, quatre sites gallo-romains dont la villa de la Condamine, borne milliaire des trois Césars conservée au musée de Die, voie romaine de Valence à Die, péage du 15e siècle, don à François d'Urre, chef-lieu de canton en 1790 : Wikipédia, article « Pontaix », et dictionnaire topographique du département de la Drôme. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pontaix
  • Réserve de Vie Sauvage du Grand Barry créée le 17 septembre 2012, 105 hectares sur la commune de Véronne, 172 hectares fin 2024, falaises de Vercheny-Pontaix, libre évolution, sentier balisé et observation des chamois : site des Réserves de Vie Sauvage de l'ASPAS, consulté le 13 septembre 2026. https://aspas-reserves-vie-sauvage.org/nos-reserves-de-vie-sauvage/reserve-du-grand-barry/
  • Adresse, téléphone et horaires de la mairie : annuaire de l'administration, consulté le 13 septembre 2026. https://lannuaire.service-public.fr/
  • Auberge de l'Eau Vive : registre national des entreprises et OpenStreetMap, relevés le 13 septembre 2026. https://recherche-entreprises.api.gouv.fr/
  • Zone de type 2 « Ensemble fonctionnel formé par la rivière Drôme », absence de parc naturel régional, de site Natura 2000 et de zone de type 1 : API Carto de l'IGN, couches nature. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
  • Altitudes du château, du temple et de la mairie : service d'altimétrie de la Géoplateforme, modèle RGE Alti de l'IGN. https://geoservices.ign.fr/rgealti
  • Position des ruines, du temple, de l'église, de la cascade, du camping et des poteaux de randonnée : OpenStreetMap. Distances routières : moteur OSRM depuis la mairie. https://www.openstreetmap.org/copyright

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