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Roussas est un village descendu, comme beaucoup dans cette partie de la Drôme. En haut, à 181 mètres, il reste le donjon, la porte de ville, une chapelle gothique à linteau pré-roman et un sanctuaire de pèlerinage. En bas, à 123 mètres, le bourg actuel, sa mairie et son église du 19e. Et sur les hauteurs, deux parcs éoliens et une centrale à bioénergies qui font de cette commune de quatre cents habitants l'une des plus productrices d'électricité du département.
- 17 juillet 1926l'inscription du château aux monuments historiques
- 58 mentre le village perché et le bourg actuel
- 6,0 GWhproduits à partir de déchets, chaque année
- 1788l'année où Les Granges-Gontardes se détachent
Le village perché et ce qu'il en reste
La fiche officielle est laconique, « Château (ancien), 11e siècle, inscrit partiellement à l'inventaire des monuments historiques le 17 juillet 1926, propriété privée ». Sur le terrain, il faut lire au pluriel.
Ce qui subsiste sur la colline
Le détail à retenir est le linteau pré-roman de la chapelle Saint-Germain. Pré-roman veut dire antérieur au 11e siècle, c'est-à-dire carolingien ou mérovingien, une pierre remployée, plus ancienne que tout ce qui l'entoure, dans une chapelle gothique. C'est le genre d'élément qui date un site d'occupation bien mieux qu'une notice, et il rejoint ce que la commune conserve par ailleurs de vestiges gallo-romains et de nécropoles paléochrétiennes.
L'écart entre les deux niveaux du village est de cinquante-huit mètres, 181 au château, 123 à la mairie. C'est peu en valeur absolue, et c'est exactement ce qu'il fallait pour tenir une position, la colline domine la plaine de la Vence sans être une montagne.
Deux chapelles et un orgue pneumatique
Trois édifices religieux se partagent la commune. L'église paroissiale Saint-Germain, du 19e siècle, est au bourg. La chapelle Saint-Germain, gothique, est en haut, près du donjon, avec son linteau remployé. Et entre les deux, au sommet de la colline, le sanctuaire Saint-Joseph, à 178 mètres.
Le sanctuaire est un lieu de pèlerinage, érigé entre 1875 et 1902, et il abrite l'une des dernières orgues pneumatiques.
L'expression demande une explication, parce qu'elle désigne une technique précise et brève. Dans un orgue classique, une traction mécanique relie la touche à la soupape par des tringles de bois. Dans un orgue pneumatique, cette liaison se fait par de petits tubes d'air comprimé, appuyer sur la touche envoie une impulsion d'air qui ouvre la soupape à l'autre bout. Le procédé, employé surtout entre 1880 et 1920, permettait des consoles éloignées et des claviers plus légers ; il a été abandonné pour l'électricité, et il est réputé délicat à entretenir. Un instrument de ce type conservé dans un sanctuaire de village est une rareté. Le sanctuaire n'a pas d'horaire d'ouverture publié, la mairie renseigne.
Une seigneurie partagée pendant cinq siècles
Roussas n'a presque jamais eu un seul seigneur. La terre relevait du fief des comtes de Valentinois et, particularité de ce coin de la Drôme, de l'arrière-fief du pape, ce qui rappelle la proximité de l'Enclave des Papes et du Comtat.
| Date | Qui tient quoi |
|---|---|
| 2e moitié du 13e | La terre est partagée en deux : les Decan d'Uzès et les Adhémar. Les abbés d'Aiguebelle y ont aussi des droits |
| 1281 | Les abbés d'Aiguebelle partagent leurs droits avec les comtes de Provence |
| 1334 | La part des Adhémar passe aux Gontard |
| 1476 | Cette part passe aux Moreton |
| 1540 | La part des Decan d'Uzès passe aux Beaumont, par mariage |
| 1565 | Une part est acquise par les Franchessin |
| 1603 | La part des du Plan est vendue aux Escalin, puis passe presque aussitôt aux Martinel |
| 1645 | Roussas a deux co-seigneurs : les Martinel et les Chapuis |
| 1690 | La part des Périssol passe aux Philibert, par mariage |
| 1755 | Vendue aux Bertet, derniers seigneurs |
Le rôle des abbés d'Aiguebelle est à noter, l'abbaye cistercienne de Montjoyer, à quinze kilomètres, tenait des droits ici comme sur tout le pays de Grignan, et le partage de 1281 avec les comtes de Provence est le genre d'accord qui règle une querelle plutôt qu'une transaction. Les annales d'Aiguebelle sont d'ailleurs l'une des sources qui documentent le nom du village, en 1298 et en 1342.
Comment sont nées Les Granges-Gontardes
L'héritage le plus concret de ce partage est une commune entière. En 1334, la part des Adhémar sur Roussas passe aux Gontard. Cette part formera plus tard, avec un morceau de la terre de La Garde-Adhémar, celle des Granges-Gontardes.
Le processus prend quatre siècles et demi. La communauté de Roussas comprenait la plus grande partie du territoire des Granges-Gontardes, lequel est érigé en paroisse en 1695, puis en communauté en 1788, deux ans avant la Révolution. Le nom de la commune voisine porte donc, aujourd'hui encore, celui d'une famille qui a hérité d'une moitié de Roussas au 14e siècle.
Les huguenots et la révolte paysanne de 1579
Les guerres de Religion ont laissé ici une réputation qu'on trouve rarement écrite aussi crûment, « Pendant les guerres de Religion, Roussas est un repaire de brigands. » Le château est pris par les huguenots.
Le dictionnaire topographique décrit ensuite un enchaînement précis, ces guerres, « qui enrichissent les nobles et appauvrissent le peuple, provoquent une guerre des paysans, qui s'arment dans tout le Valentinois et expulsent la troupe du château en 1579, avant que la répression nobiliaire et royale n'écrase le mouvement dans le sang l'année suivante ».
C'est mot pour mot le même épisode qu'à Châteaudouble, à soixante-dix kilomètres au nord, où les paysans expulsent également les soudards du château en 1579 et où le mouvement est écrasé en 1580. Il ne s'agit donc pas d'un fait divers local mais d'un soulèvement régional, celui que les historiens rattachent aux grandes révoltes paysannes dauphinoises. Deux communes de ce guide en portent la trace, aux deux extrémités du Valentinois.
Avant 1790, Roussas relevait de l'élection de Montélimar, de la subdélégation de Saint-Paul-Trois-Châteaux et de la sénéchaussée de Montélimar. Sa paroisse dépendait du diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux, et sa collation comme ses dîmes appartenaient au chapitre de Grignan, en sa qualité de prieur de La Garde-Adhémar. En 1790, la commune entre dans le canton de Donzère ; l'an VIII la place dans celui de Grignan.
Deux parcs éoliens et le biogaz d'une décharge
C'est la face contemporaine de Roussas, et elle est massive. Sur les crêtes, les parcs éoliens des Gravières et des Claves, 10 500 kW chacun, ont été mis en service en novembre 2005, un an après ceux de Montjoyer et de Rochefort-en-Valdaine, la deuxième vague éolienne drômoise, sur les mêmes reliefs. Ils injectent près de seize gigawattheures par an. La commune abrite aussi le centre d'enfouissement de déchets non dangereux exploité par Coved, du groupe Paprec, dont le biogaz alimente des moteurs qui produisent six gigawattheures d'électricité par an, en continu, là où l'éolien dépend du vent. L'exploitation du site de Roussas s'est arrêtée fin 2024 et se poursuit sur le terrain voisin des Granges-Gontardes, autorisé jusqu'en 2040. Au total, près de vingt-deux millions de kilowattheures par an pour quatre cents habitants.
Le nom apparaît chez les templiers en 1211
La première mention du nom apparaît dans une source inattendue, le cartulaire des templiers, en 1211, sous la forme Rossatz. Suivent castrum de Rossatio en 1291, Rossassium en 1298 dans les annales d'Aiguebelle, Rossacium en 1323, Rossacum en 1336, castrum de Rossas en 1442, Rosas en 1569, Rosses en 1579, et enfin Roussas en 1891.
Le territoire est arrosé par la Vence, affluent de la Berre, et par le torrent du Moulon, qui a creusé un petit canyon, à prendre pour ce qu'il est dans un département qui compte les gorges d'Omblèze et les Grands Goulets. Le point haut de la commune est le Serre d'Allard, à 322 mètres.
Sur les protections, il n'y a rien à signaler, aucun parc naturel, aucun site Natura 2000, aucune zone d'intérêt écologique, ni au bourg ni au Serre d'Allard. C'est un territoire de collines cultivées et de crêtes équipées, sans inventaire naturaliste.
La carte des lieux
Les éoliennes et le centre d'enfouissement ne sont pas cartographiés, ce sont des sites industriels, sans accès public. Le canyon du Moulon et les nécropoles paléochrétiennes n'ont pas de coordonnées publiées.
Cliquez sur un point pour voir le nom du lieu et ce qu'il faut en savoir. Fond de carte OpenStreetMap.
Venir à Roussas
La commune est à vingt-trois minutes de Montélimar et à quatre minutes de Valaurie. Elle compte cinq communes limitrophes, dont quatre à moins de quatorze minutes ; la cinquième, Allan, demande vingt-huit minutes, parce que la limite passe sur les crêtes boisées.
| Destination | Distance | Temps |
|---|---|---|
| Valaurie (limitrophe) | 2,4 km | 4 min |
| Réauville (limitrophe) | 5,7 km | 9 min |
| Malataverne (limitrophe) | 11,2 km | 13 min |
| Les Granges-Gontardes (limitrophe) | 6,8 km | 13 min |
| Donzère (ville de référence calculée) | 12,8 km | 17 min |
| Montélimar | 20,1 km | 23 min |
| Allan (limitrophe) | 15,5 km | 28 min |
| Nyons | 33,8 km | 34 min |
| Orange | 56,6 km | 41 min |
| Valence | 68,2 km | 49 min |
| Gare de Valence TGV, à Alixan | 79,1 km | 56 min |
La mairie, 90 route d'Aiguebelle, ouvre cinq jours par semaine, en alternant matin et après-midi, lundi, mercredi et vendredi de 10h à 12h, mardi et jeudi de 15h à 18h, au 04 75 98 54 24. C'est plus ouvert que la plupart des communes de cette taille. Il n'y a pas de commerce permanent sur la commune, Valaurie est à quatre minutes, Donzère à dix-sept.
Questions fréquentes
Le château de Roussas se visite-t-il ?
C'est une propriété privée, sans condition de visite publiée. Il est inscrit partiellement à l'inventaire des monuments historiques depuis le 17 juillet 1926 et la base Mérimée le date du 11e siècle. Ce qui subsiste, c'est un donjon ruiné et les vestiges du village défensif perché autour, à 181 mètres. Le tout se voit très bien depuis la route de Valaurie, et depuis le bourg actuel, cinquante-huit mètres plus bas.
Qu'est-ce que le sanctuaire Saint-Joseph ?
Une chapelle de pèlerinage du 19e siècle, érigée entre 1875 et 1902 au sommet de la colline, à côté du château. Elle abrite l'une des dernières orgues pneumatiques, un instrument dont la transmission entre le clavier et les tuyaux se fait par l'air comprimé et non par des tringles, technique employée entre 1880 et 1920 environ, puis abandonnée.
Combien d'électricité produit la commune ?
Près de vingt-deux millions de kilowattheures par an pour quatre cents habitants. Deux parcs éoliens de 10 500 kW chacun, mis en service en novembre 2005, en fournissent les trois quarts, et le biogaz du centre d'enfouissement de déchets exploité par Coved sur la commune le reste, six gigawattheures par an, en continu.
Les Granges-Gontardes faisaient-elles partie de Roussas ?
Oui, pour l'essentiel. La communauté de Roussas comprenait la plus grande partie du territoire des Granges-Gontardes, qui n'a été érigée en paroisse qu'en 1695 et en communauté qu'en 1788, deux ans avant la Révolution. Le nom même vient d'une division seigneuriale : en 1334, la part des Adhémar sur Roussas passe aux Gontard, et cette part formera plus tard, avec un morceau de La Garde-Adhémar, la commune des Granges-Gontardes.
Que s'est-il passé ici en 1579 ?
Les paysans du Valentinois se sont armés et ont expulsé la troupe qui occupait le château. La répression nobiliaire et royale a écrasé le mouvement dans le sang l'année suivante. Le même épisode s'est produit à Châteaudouble, à soixante-dix kilomètres au nord, la même année : c'est un soulèvement régional, et Roussas y a participé. Pendant les guerres de Religion, le village avait par ailleurs la réputation d'être un repaire de brigands, et son château fut pris par les huguenots.
Y a-t-il quelque chose à voir dans la nature ?
Le petit canyon du torrent du Moulon, à ne pas comparer aux gorges du Vercors. La commune est arrosée par la Vence, affluent de la Berre, et par ce torrent. Il n'y a sur ce territoire aucun parc naturel, aucun site Natura 2000 et aucune zone d'intérêt écologique, ni au village ni au Serre d'Allard, son point haut à 322 mètres.
Nos sources
- Château ancien inscrit partiellement à l'inventaire des monuments historiques le 17 juillet 1926, datation du 11e siècle, propriété privée, et coordonnées de la notice : base Mérimée, ministère de la Culture, relevée le 25 août 2026. https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00116999
- Attestations du nom de 1211 à 1891 dont Rossatz au cartulaire des templiers, vestiges gallo-romains et nécropoles paléochrétiennes, fief des comtes de Valentinois et arrière-fief du pape, partage de la seigneurie et droits des abbés d'Aiguebelle, partage de 1281 avec les comtes de Provence, passage de la part des Adhémar aux Gontard en 1334 et formation ultérieure des Granges-Gontardes, chaîne des co-seigneurs jusqu'aux Bertet en 1755, réputation de repaire de brigands et prise du château par les huguenots, révolte paysanne de 1579 et répression de 1580, érection des Granges-Gontardes en paroisse en 1695 et en communauté en 1788, rattachements d'avant 1790 et cantons de Donzère puis de Grignan, donjon ruiné et vestiges du village défensif perché, chapelle gothique à linteau pré-roman, château du 16e siècle, église Saint-Germain du 19e, chapelle Saint-Joseph érigée entre 1875 et 1902 avec l'une des dernières orgues pneumatiques, canyon du torrent du Moulon, et cours d'eau de la commune : Wikipédia, article « Roussas », consulté le 25 août 2026. https://fr.wikipedia.org/wiki/Roussas
- Puissances et énergies des deux parcs éoliens de 10 500 kW et de l'installation de bioénergies, énergies injectées sur douze mois : registre national des installations de production et de stockage d'électricité, plateforme ODRÉ, relevé le 25 août 2026. https://odre.opendatasoft.com/explore/dataset/registre-national-installation-production-stockage-electricite-agrege/
- Centre d'enfouissement de déchets non dangereux de Roussas exploité par Coved, valorisation du biogaz en électricité, fin d'exploitation du site de Roussas le 31 décembre 2024 et poursuite sur les Granges-Gontardes jusqu'en 2040 : Coved et fiche Sinoe de l'Ademe. https://odre.opendatasoft.com/explore/dataset/registre-national-installation-production-stockage-electricite-agrege/
- Adresse, téléphone et horaires de la mairie : annuaire de l'administration, consulté le 13 septembre 2026. https://lannuaire.service-public.fr/
- Absence de parc naturel régional, de site Natura 2000 et de zone d'intérêt écologique sur le village et sur le Serre d'Allard : API Carto de l'IGN, couches nature. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
- Altitudes de la mairie, du château, du sanctuaire Saint-Joseph et du Serre d'Allard : service d'altimétrie de la Géoplateforme, modèle RGE Alti de l'IGN. https://geoservices.ign.fr/rgealti
- Positions du château, du sanctuaire, des deux églises, de la porte de ville, du monument aux morts et du Serre d'Allard : OpenStreetMap. Distances routières : moteur OSRM depuis la mairie. https://www.openstreetmap.org/copyright
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