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Sahune est un village qui a déménagé. En haut, à 480 mètres, le vieux bourg fortifié, abandonné au 19e siècle puis démonté pierre par pierre. En bas, à 362 mètres, le village d'aujourd'hui, au bord de la route des gorges, avec ses deux écoles, son épicerie ouverte sept jours sur sept et le siège d'un parc naturel régional. Entre les deux, cent vingt mètres de dénivelé et deux siècles d'histoire.
- 191 136 hale parc dont le siège est ici
- 120 mentre le vieux village et le nouveau
- 102habitants en 1680, dont quatre aisés
- 12 481 hade zone de protection des oiseaux sur les gorges
Le vieux village a été démonté puis dégagé
C'est ce qu'on vient voir, et l'histoire est en trois temps. D'abord un castrum mentionné dès le début du 11e siècle dans le cartulaire du chapitre de Vaison. Les plus anciens vestiges du château et du village datent du 13e siècle, et une chapelle dédiée à saint Michel était accolée au château.
Ensuite, l'abandon. Le village est délaissé à partir du 19e siècle au profit du bourg de fond de vallée. Et surtout, « à partir de la Révolution, l'enceinte du vieux village sert de carrière de pierre ». Les habitants ont bâti le village neuf avec les pierres de l'ancien.
Le troisième temps est récent. Les vestiges du vieux village ont été dégagés par une équipe de bénévoles, et présentés comme écomusée. Ce qu'on y voit aujourd'hui, à 480 mètres,
les restes du château féodal et de la chapelle castrale Saint-Michel du 13e siècle, en propriété privée ; l' ancienne église paroissiale du 17e ; les anciennes ruelles ; et, détail rare, les vestiges de quelques ateliers de cordonniers. Un village fortifié n'est pas qu'un château, c'est un lieu de travail, et les ateliers en sont la preuve matérielle. Un point d'orientation est aménagé à 495 mètres, juste au-dessus.
Deux autres édifices religieux subsistent en dehors du vieux bourg. L' église Saint-Nicolas-et-Saint-Georges est en ruines, à mi-pente. Et au quartier Saint-Jean, au pied du Bramard, les restes d'une chapelle citée dès le 12e siècle ont été intégrés à un bâtiment agricole, et il en subsiste le chœur à chevet plat bien appareillé. Cette chapelle relevait en 1183 du prieuré de Saint-May et, par cet intermédiaire, de l' abbaye de l'Île-Barbe, à Lyon. Le prieuré de Saint-Jean fut supprimé au 16e siècle, et en 1637 il n'en restait que des ruines appartenant au seigneur de Sahune.
Le siège du parc des Baronnies provençales
Voici le fait administratif le plus remarquable de cette commune. Le parc naturel régional des Baronnies provençales, créé le 26 janvier 2015 et étendu sur 191 136 hectares, a son siège à Sahune.
Le rapport est frappant, l'institution qui coordonne près de deux mille kilomètres carrés de territoire, sur deux départements et deux régions, est administrée depuis un village de trois cent un habitants. Les parcs naturels régionaux s'installent en général au centre géographique de leur périmètre plutôt que dans la ville la plus grosse, précisément pour ne pas donner le sentiment d'être un bureau urbain qui décide pour la campagne.
Le siège est au 575 route de Nyons, à l'entrée du village. Sahune est dans le parc, ce qui n'est pas le cas de toutes les communes des Baronnies, Mévouillon, qui a donné son nom au pays, n'y adhère pas, ni Sainte-Jalle. Le village qui héberge le siège du parc et le village qui a donné son nom au pays ne sont pas dans la même situation.
L'entrée des gorges de l'Eygues
Sahune est situé à l'entrée occidentale des gorges de l'Eygues, appelées aussi gorges de Saint-May. C'est le passage par lequel la route remonte vers Rémuzat et le haut pays, entre des falaises qui abritent l'une des plus fortes populations de rapaces du sud-est.
Cela se traduit dans les zonages. La commune est couverte par une zone de protection spéciale au titre de la directive Oiseaux, nommée « Baronnies, gorges de l'Eygues », code FR8212019, 12 481 hectares, désignée le 25 avril 2006. Une zone de protection spéciale n'est pas une simple zone d'inventaire, c'est un site Natura 2000 avec des obligations de gestion, et il couvre ici le bourg lui-même, pas seulement les falaises. La commune relève par ailleurs de la grande zone d'intérêt écologique des chaînons septentrionaux des Baronnies, 23 245 hectares.
Le relief est modeste au village, à 362 mètres, et se relève vite, le Rocher des fées, en occitan Rochièr de las Faas, culmine à 630 mètres, deux kilomètres au sud.
Le nom vient d'une forteresse gauloise
La chaîne des attestations est instructive, parce qu'elle montre un nom qui se transforme au point de devenir méconnaissable. On part de Assedunae en 1183, dans les Masures de l'Isle-Barbe, puis Aseduna en 1238, Asseuna en 1247, Ansaduna en 1256, castrum de Anseduna en 1284, Anssedunum en 1430.
La terminaison en -dunum est gauloise, et elle désigne une forteresse ou une hauteur fortifiée, on la retrouve dans Lugdunum, Lyon, ou Verdun. Elle est parfaitement cohérente avec un castrum mentionné dès le début du 11e siècle sur une hauteur. Ce n'est qu'en 1459 qu'apparaît la forme Sahuna, puis Ancehune en 1597 et Sehune en 1624, le nom hésitant pendant deux siècles. En occitan, le village se dit Saüna.
Et la forme ancienne a survécu ailleurs, les seigneurs du lieu portaient le nom de Sahune, ou Ancezune. Le patronyme a gardé le -dun- que le toponyme avait perdu.
Les Ancezune se sont fait une baronnie à cinq terres
Sahune relevait du domaine des Mévouillon, et ses seigneurs leur en rendaient hommage. Les évêques de Die y avaient également des droits dès le 13e siècle. En 1231, la terre appartient aux Ancezune ; en 1249, les deux tiers passent aux Adhémar, qui en font hommage aux dauphins puis les rendent aux Ancezune.
La suite est racontée en deux versions qui ne s'excluent pas. Les Ancezune forment une baronnie avec Sahune, Arpavon, Curnier, Montréal et Marsoin, cinq terres voisines. L'autre version précise le contexte, au 14e siècle, après la disparition des Mévouillon et des Montauban, les deux maisons qui dominaient les Baronnies, Jean de Sahune rassemble plusieurs seigneuries autour de la sienne et prend le titre de baron.
La chute des grandes maisons a laissé un vide, et un seigneur local d'importance moyenne s'est constitué une baronnie en ramassant les morceaux. Cela n'a pas duré. En 1336, la baronnie passe aux dauphins, soit par héritage, soit, selon l'autre version, parce que Jean de Sahune, endetté et sans enfant, vend ses droits. En 1341, elle est vendue aux princes d'Orange, de la maison de Baux.
La suite est ordinaire, dot à l'épouse de Juel Rolland en 1389, retour aux princes d'Orange, passage aux Poitiers d'Allan en 1501, aux Pape-Saint-Auban en 1545 par mariage, aux Bimard en 1739, et vente aux Pourcet en 1763, derniers seigneurs.
Le village fortifié a été détruit au 17e siècle, sur ordre de Richelieu, par le comte de Montoison, dans la même politique de démantèlement des places fortes dauphinoises qu'à Châteaudouble et à Mévouillon.
Cent deux habitants en 1680 dont quatre aisés
Le dictionnaire topographique conserve, pour 1680, un dénombrement qui va au-delà du simple comptage et qu'on ne trouve presque jamais.
« 102 habitants. Quatre avaient une certaine fortune, douze vivaient en travaillant et le reste était pauvre. »
Quatre-vingt-six personnes sur cent deux, soit 84 %, classées comme pauvres. Douze, soit 12 %, vivant de leur travail. Quatre, soit 4 %, ayant « une certaine fortune ». C'est une stratification sociale d'Ancien Régime rendue en trois lignes, avec la catégorie intermédiaire, « ceux qui vivent en travaillant », qui n'existe presque jamais dans les recensements modernes.
Ce chiffre situe aussi le village dans son temps, cent deux habitants en 1680, trois cent un aujourd'hui. La commune a triplé, et elle a surtout changé de place.
Un village qui a tout gardé
Pour trois cent un habitants, Sahune conserve un niveau de service que la plupart des communes de cette taille ont perdu. Une épicerie et une boulangerie au centre du village, deux restaurants, un bistrot de pays et une table à cuisine mêlée, un bureau de poste, une école maternelle et une école primaire, toutes deux publiques, un camping, deux fontaines et des toilettes publiques au bord de la route de Nyons, et une borne de recharge électrique à deux points.
La mairie et la maison France Services
La maison France Services et la borne de recharge sont deux dispositifs récents, l'un pour les démarches administratives, l'autre pour la mobilité, et leur présence ici indique une commune qui a candidaté et obtenu. Combinée au siège du parc, la liste dessine un village qui joue le rôle de petit centre pour toute la vallée.
La stèle du 18 août 1944
À trois kilomètres au nord-est du bourg, à l'écart, se dresse une stèle dont l'inscription tient en une phrase, « À notre camarade FLORET Roger, mort pour la France le 18 août 1944, à l'âge de 21 ans. »
Deux mots comptent. Le premier est camarade, c'est un monument posé par des compagnons de combat, pas par une administration. Le second est 21 ans. La date, le 18 août 1944, correspond à la libération de la Drôme, quelques jours après le débarquement de Provence, au moment où les colonnes allemandes remontaient la vallée du Rhône sous les coups de la Résistance.
Le monument aux morts communal, au village, porte pour sa part cette inscription, « Sahune à ses enfants Morts pour la France. Gloire, Honneur et Reconnaissance », pour les deux guerres mondiales.
La carte des lieux
La chapelle Saint-Jean, intégrée à un bâtiment agricole au quartier du même nom, n'y figure pas faute de coordonnées publiées.
Cliquez sur un point pour voir le nom du lieu et ce qu'il faut en savoir. Fond de carte OpenStreetMap.
Venir à Sahune
Le village est sur la route des gorges de l'Eygues, à dix-sept minutes de Nyons. Cinq de ses six communes limitrophes sont à moins de quatorze minutes ; la sixième, Villeperdrix, demande vingt-six minutes, parce qu'il faut remonter les gorges puis en redescendre.
| Destination | Distance | Temps |
|---|---|---|
| Curnier (limitrophe) | 5,2 km | 5 min |
| Saint-May (limitrophe) | 8,9 km | 8 min |
| Montréal-les-Sources (limitrophe) | 6,0 km | 10 min |
| Arpavon (limitrophe) | 9,5 km | 11 min |
| Eyroles (limitrophe) | 6,8 km | 13 min |
| Nyons | 15,5 km | 17 min |
| Villeperdrix (limitrophe) | 14,9 km | 26 min |
| Orange | 57,0 km | 59 min |
| Montélimar | 67,5 km | 1 h 10 |
| Die | 67,7 km | 1 h 16 |
Avant 1790, Sahune relevait de l'élection de Montélimar et du bailliage du Buis, et sa paroisse dépendait du diocèse de Sisteron depuis le 12e siècle, après avoir relevé de celui de Die. En 1790, la commune entre dans le canton de Sainte-Jalle ; l'an VIII la place dans celui de Rémuzat.
Questions fréquentes
Où est le siège du parc naturel régional des Baronnies provençales ?
À Sahune, commune de trois cent un habitants, au 575 route de Nyons. Le parc couvre 191 136 hectares et son siège est installé dans l'un des plus petits villages qu'il englobe. Sahune est dans le parc, contrairement à Mévouillon, qui a donné son nom au pays des Baronnies et n'y adhère pas.
Peut-on visiter le vieux village abandonné ?
Oui, et c'est le principal intérêt de la commune. Le vieux village, abandonné à partir du 19e siècle, a été dégagé par une équipe de bénévoles : on y voit les restes du château féodal et de la chapelle castrale Saint-Michel du 13e siècle, l'ancienne église paroissiale du 17e, les anciennes ruelles et les vestiges de quelques ateliers de cordonniers. Il est présenté comme écomusée. La chapelle castrale est en propriété privée.
Pourquoi le vieux village est-il en si mauvais état ?
Parce qu'il a servi de carrière. À partir de la Révolution, l'enceinte du vieux village sert de carrière de pierre. Les habitants ont démonté leurs propres remparts pour bâtir le village neuf, cent vingt mètres plus bas, au bord de la route. C'est pour cela que le dégagement par des bénévoles a été nécessaire, et que ce qui reste est fragmentaire.
Qu'y a-t-il comme services dans ce village de 301 habitants ?
Beaucoup plus qu'on ne s'y attend. Une épicerie, une boulangerie, deux restaurants, un bureau de poste, une maison France Services ouverte du lundi au vendredi au 285 rue du Village, une école maternelle et une école primaire, un camping, deux fontaines, des toilettes publiques et une borne de recharge électrique.
Qu'est-ce que la stèle Roger Floret ?
Un monument isolé, au nord de la commune, dont l'inscription est brève, « À notre camarade FLORET Roger mort pour la France le 18 août 1944 à l'âge de 21 ans ». Le 18 août 1944 est la période de la libération de la Drôme, quelques jours après le débarquement de Provence. Le mot « camarade » indique que la stèle a été posée par ses compagnons de combat, et non par une administration.
Que veut dire le nom Sahune ?
Les formes anciennes disent l'essentiel : Assedunae en 1183, Aseduna en 1238, Ansaduna en 1256, castrum de Anseduna en 1284, Anssedunum en 1430. La terminaison en -dunum est gauloise et désigne une forteresse, ce qui est cohérent avec un castrum mentionné dès le début du 11e siècle. La forme Sahuna n'apparaît qu'en 1459, et le nom des seigneurs, Ancezune, garde la forme ancienne.
Nos sources
- Position à l'entrée occidentale des gorges de l'Eygues dites gorges de Saint-May, attestations du nom de 1183 à 1891, castrum mentionné au début du 11e siècle au cartulaire du chapitre de Vaison, passage du diocèse de Die à celui de Sisteron au 12e siècle, vestiges du château et du village du 13e siècle et chapelle castrale Saint-Michel, appartenance au domaine des Mévouillon et droits des évêques de Die, terre aux Ancezune en 1231 et partage de 1249 avec les Adhémar, baronnie formée avec Arpavon, Curnier, Montréal et Marsoin, version de Jean de Sahune rassemblant des seigneuries au 14e siècle, passage aux dauphins en 1336, vente aux princes d'Orange en 1341, chaîne jusqu'aux Pourcet en 1763, destructions attribuées à Montbrun en 1654 et au comte de Montoison sur ordre de Richelieu, dénombrement de 1680 avec 102 habitants dont quatre fortunés et douze vivant de leur travail, cantons de Sainte-Jalle puis de Rémuzat, usage de l'enceinte comme carrière de pierre à partir de la Révolution, dégagement du vieux village par des bénévoles et vestiges d'ateliers de cordonniers, chapelle Saint-Jean intégrée à un bâtiment agricole et son chœur à chevet plat, prieuré de Saint-Jean supprimé au 16e siècle et en ruines dès 1637, et siège du parc naturel régional des Baronnies provençales : Wikipédia, article « Sahune », consulté le 25 août 2026. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sahune
- Appartenance au parc naturel régional des Baronnies provençales de 191 136 ha créé le 26 janvier 2015, zone de protection spéciale au titre de la directive Oiseaux « Baronnies, gorges de l'Eygues » FR8212019 de 12 481 ha désignée le 25 avril 2006, et zone d'intérêt écologique de type 2 « Chaînons septentrionaux des Baronnies » de 23 245 ha : API Carto de l'IGN, couches nature. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
- Adresse du siège du parc : registre national des entreprises, syndicat mixte du parc naturel régional des Baronnies provençales. https://recherche-entreprises.api.gouv.fr/
- Adresses, téléphones et horaires de la mairie et de la maison France Services : annuaire de l'administration, consulté le 13 septembre 2026. https://lannuaire.service-public.fr/
- Altitudes du village, du vieux village, du point d'orientation et du Rocher des fées : service d'altimétrie de la Géoplateforme, modèle RGE Alti de l'IGN. https://geoservices.ign.fr/rgealti
- Texte intégral de la stèle Roger Floret et du monument aux morts, épicerie, boulangerie, poste, écoles, borne de recharge, camping, fontaines et écomusée du vieux village : OpenStreetMap, relevé le 25 août 2026. Distances routières : moteur OSRM depuis la mairie. https://www.openstreetmap.org/copyright
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